Rocio Zavala Virreira : Pour l’amour de la littérature

Rocio Zvala Virreira
Venue de la capitale la plus haute du monde, Rocio Zavala Virreira avance à pas sûrs vers son rêve de toujours : vivre la littérature comme passion et profession.
Un parcours de méritant et une belle constance dans l’ambition pour une La Pazoise habituée aux sommets…

Rocio a compris que face à la roche, le ruisseau l’emporte toujours non pas par la force mais par la persévérance…

Graphiste de formation, Rocio travaille comme bibliothécaire auprès de l’alliance française en Bolivie. Elle réussit à se faire un beau réseau parmi les partenaires de son employeur. Quelques années après son poste est supprimé. C'est cet événement qui lui ouvre la porte de l'enseignement. Elle commence alors à dispenser des cours d’espagnol à des particuliers, aux collaborateurs de l’ambassade de France à La Paz et puis aux coopérants d’un organisme canadien… Rocio sait que ses activités professionnelles ne cadrent pas forcément avec sa vocation de littéraire ; elle qui a étudié la littérature universelle pendant trois ans : «On ne peut pas gagner sa vie avec la littérature», explique la jeune bolivienne.

Le rêve lancinant de se frayer une carrière littéraire refait pourtant surface. Rocio décide alors de partir aux Etats-Unis. « J’étais persuadée que les meilleures études américano latines se font chez l’oncle SAM. Les professeurs les mieux réputés dans ma faculté y ont obtenu leur doctorat ». Sauf que le projet tombe vite à l’eau alors que les valises de Rocio étaient quasiment prêtes. La personne qui doit l’héberger la laisse tomber à la dernière minute. Grande désillusion. Rocio ne compte surtout pas baisser les bras. Son compagnon français de l'époque expatrié en Bolivie lui souffle l’idée de changer de destination et de poursuivre plutôt ses études en France.
Sceptique au début, elle finit par envoyer sa candidature à plusieurs universités dans l’Hexagone. Lille 3 était la seule à lui répondre grâce aux démarches persévérantes de son ancien compagnon. Et c’est comme ça que la jeune bolivienne installe ses quartiers dans la capitale des Flandres en octobre 2001.
Rocio intègre l’université lilloise pour une licence espagnole. Le cursus est intéressant et la jeune étudiante se voit enfin se rapprocher de son rêve : « J’étais déçue de n’avoir pas pu valider mes acquis mais je n’ai rien regretté. Ce n’était pas répétitif ».
Rocio travaille plusieurs mois pour Berlitz. Elle s’investit en parallèle dans la recherche à l’université et se fait vite repérer par une professeur d’espagnol qui encadre sa thèse sur Hilda Mundy, une écrivaine bolivienne avant-gardiste des années 30, sur laquelle Rocio dit travailler « avec beaucoup de bonheur ».
Son implication lui ouvre rapidement la porte de l’enseignement académique. Rocio donne ses premiers cours à l’université en 2003. Une grande réussite : « devenir enseignante universitaire aussi tôt, moins de deux ans après mon arrivée en France, a été toujours pour moi une source de grande fierté. Un ami me disait toujours qu’il me voyait comme prof universitaire. Je ne le prenais pas au sérieux ! », explique t-elle.
Rocio enseigne de tout : grammaire, traduction, communication orale, civilisation, etc. Des matières qu’elle a toujours adulées mais reconnaît que ce n’est pas toujours évident : « C’est un métier qui n’est pas facile. Il y a un peu de mise en scène, un public à séduire en permanence. Il faut également faire preuve de polyvalence. Cela dit, j’adore ce que je fais car enseigner l’espagnol c’est enseigner la culture, parler en quelque sorte de mon pays qui reste inconnu.».

Rocio, qui a, à son actif, 8 ans de travail universitaire, rêve aujourd’hui de titularisation après sa soutenance prévue pour les prochains mois. C’est là qu’elle voit sa grande réussite et qu’elle se consacrera à ce qu’elle a toujours voulu faire dans la vie : écrire.

Le petit questionnaire
Si vous aviez à vous transformer en un personnage littéraire, lequel seriez-vous ?
La Maga, la héroïne de la « Marelle », chef d’œuvre du grand auteur argentin Julio Cortazar. C’est une femme très libre qui mène une vie intense.


Les images que vous gardez de votre installation en France ?
Je suis déjà venue deux fois en France avant 2001. D’abord en 1992 pour une opération des yeux et en 1995 dans le cadre d’un stage pour devenir responsable d’un centre de ressources à la Paz.
Le froid me choque toujours même si je ne viens pas d’une région chaude. La Paz est à près de 4000 mètres d’altitude ! Le froid ici est un froid permanent et très long. A la Paz, il n’y a pas de saisons. Les températures sont très variables dans la journée. Le matin à 6h, il peut faire 2° mais à midi, le thermomètre grimpe à 25° voire 27° !

L’endroit que vous préférez dans le nord
Le lieu où je me plais le plus, c’est chez moi : un appartement qui est à moi parce qu’il est très strictement le fruit de mon travail. Chaque meuble, chaque objet me le rappelle tous les jours. S’approprier d’un espace pour un expatrié, est aussi une confrontation contre soi-même ; c’est assumer la distance et la perte. Je suis aujourd’hui dans un lieu qui me ressemble. Cela m’a pris des années et ce n’est certainement pas fini.
Et de ce lieu, je préfère ma bibliothèque. Constituer une bibliothèque bolivienne (elle n’est pas seulement bolivienne bien entendu) – pays underground par excellence – c’est aussi quelque chose. Dans cet espace, porteur de voyages proches des odyssées ; porteur de mon pays et qui me le donne à chaque fois avec une proximité et une vivacité émouvantes.

La cause qui vous tient le plus à cœur…
La cause féministe. C’est un combat permanent, d’abord contre soi-même et ensuite contre les pressions sociales. Les femmes sont, encore et encore, partout dans le monde, le côté accessoire du monde du travail. Il est permis, et fortement conseillé, aux femmes d’aller, dans leur parcours professionnel, seulement aussi loin que le « grand », « naturel » et « véritable » projet de famille conventionnelle le permette ; et souvent ça veut dire pas loin du tout. Les femmes sont ainsi, chacun le sait, le côté le plus précaire et le plus pauvre du monde du travail. Sans vouloir dire qu’il y a des destins plus légitimes que d’autres, je refuse radicalement l’idée d’un seul destin dit « féminin ». Dans ce monde-là, se battre pour cette idée, dans n’importe quel domaine et à n’importe quel niveau, est toujours un exploit. 

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