Sophie Zacharewicz : retour aux sources

Sophie Zacharewicz
Derrière son apparence calme, son sourire serein et le bien-être où vous plonge d’emblée son herboristerie, il y a un passé lourd et une pugnacité admirable pour survivre au déracinement et réussir son intégration en France.
De 1975 à 1979, les parents de Sophie Zacharewicz subissent l’enfer des Khmers rouges. Un régime qui a imposé une dictature d’une rare violence et qui leur a ravi enfants et biens. Ils demandent alors l’asile politique en Hexagone après deux ans passés dans les camps de la Croix Rouge en Thaïlande.


Sophie arrive en France avec ses parents en 1981, en hivers. Elle avait alors 14 ans. La famille est admise dans un foyer pour réfugiés à Wasquehal pendant 6 mois. L’enfant intègre alors une classe d’adaptation et prend vite goût à l’apprentissage de la langue française : « J’avais un maître très gentil. En quelques mois seulement j’arrivais à lire et à écrire ».
Studieuse, Sophie intègre sans encombre le cursus normal dans un collège à Tourcoing : « Mon père m’apprenait le cambodgien dans les camps. Il a acheté aussi un dictionnaire français-Khmer que je consultais de temps en temps. Cela m’a permis d’être en avance par rapport aux autres enfants », explique Sophie.
Après un bac en sciences et technologies de la santé et du social, Sophie entreprend des études d’infirmerie puis de droit mais se rend compte à chaque fois que ce n’est pas sa vocation. Elle suit alors un BTS esthétique-cosmétique et encore une fois, devant s’occupant de ses trois enfants, ne peut exercer.
Un jour on lui propose un travail d’interprète. Elle part alors à Paris poursuivre des études à l'INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales). Un parcours universitaire sans faute qui a été couronné par l’obtention d’une maîtrise.
Le diplôme ouvre de nombreux débouchés à la jeune femme qui se voit confier des missions à la CPAM, la CAF, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le ministère des affaires étrangères, etc. Elle enseigne à l’école khmère de Paris, travaille pour des entreprises mais aussi pour des particuliers. Un grand responsable à TF1, qui adopte une petite fille cambodgienne, fait ainsi appel à elle pour s’initier au khmer : « J’étais très connue et régulièrement sollicitée à Paris. Vous savez…, quand on est seule dans le métier, c’est facile de se distinguer !», rajoute l’interprète sur un ton malin.
En 2007, Sophie décide de rentrer dans le Nord pour rejoindre la famille. Elle ouvre avec son mari une boutique où elle propose des produits naturels : plantes médicinales, thés, tisanes, huiles essentielles et du savon d’Alep qui fait le bonheur de ses clients avec « sa précieuse » huile de baies de laurier : « mes grand parents étaient des guérisseurs. Je me rappelle des gens qui venaient chez nous et repartaient avec des sacs de gingembre, de galanga et de citronnelle…J’ai baigné depuis ma petite enfance dans les plantes les herbes de bien-être».
Malgré la concurrence dans le secteur, Sophie arrive à se faire une clientèle fidèle qu’elle attire par sa sincérité et son amour pour la médecine douce : « je connais parfaitement mes produits et j’en consomme aussi. Tout cela inspire confiance aux clients », explique t-elle.

Appel du pays
Sophie souhaite s’installer prochainement et d’une façon définitive à Phnom Penh : « le Cambodge est à présent un pays de paix. Ses gens sont toujours souriants malgré un passé lourd. Là-bas, des mots comme l’angoisse et la dépression sont inconnus du vocabulaire. Les Cambodgiens se sont aussi des personnes qui se contentent du peu qu’elles ont. Je voudrais que mes filles grandissent dans cet état d’esprit. En France, les gens ont tout mais sont éternellement insatisfaits »
Au Cambodge, Sophie envisage de travailler dans son domaine de prédilection : les plantes médicinales : « J’ai fait des recherches et constaté qu’il y a des plantes aux vertus inestimables dans ce pays et qui sont inconnues des Cambodgiens eux même. Ceux-ci commencent ces dernières années à tourner le dos à la médecine traditionnelle. Mon objectif est de les réconcilier avec la nature… ».


Le petit questionnaire 

Si vous étiez une plante, laquelle seriez-vous ?
Le millepertuis. C’est une plante magique, efficace pour traiter les états dépressifs et troubles psychosomatiques. 

Le personnage qui vous a le plus marquée à Lille?
Le patron d’un restaurant thaïlandais où j’ai travaillé comme hôtesse d’accueil pendant 3 mois. C’est une personne ignoble qui méprisait ses employés et leur payait une misère. En plus, il soutirait de l’argent à sa riche clientèle pour lui présenter les femmes qui travaillaient chez lui.
Sa vie est maintenant fichue à cause de l’alcool et de la drogue.

Votre endroit préféré dans le Nord ?
La Citadelle, les musées d’histoire naturelle et les églises.

Les images que vous gardez de votre installation en France?
La première image qui me vient, c’est le froid. Nous sommes arrivés en tangues en mois d’octobre!
Deuxième image : la découverte de l’école. Je m’en suis faite une certaine idée car mon père m’en parlait au camp, mais je ne m’attendais pas par exemple à avoir des maîtres gentils. Les  instituteurs à l’époque où mon père fréquentait l’école au Cambodge étaient très sévères.
Troisième image : la méchanceté d’une famille maghrébine qui habitait en face de l’école. Elle avait 5 enfants qui se moquaient tout le temps de nous et nous appelaient « Les Chinois ». Dans la rue, et au sein de l’école aussi, nous subissions des agressions physiques et verbales. C’était choquant comme attitudes dans un pays de paix comme la France.
Quatrième image : apprendre à compter était un vrai bonheur pour moi. Que c’est merveilleux de maitriser additions, soustractions et multiplications ! Ça m’a ouvert les yeux.

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