Bachir Benyahya : mieux que la boxe, la boxe éducative

B. Benyahya exhibant sa récente médaille de la FFB
A entendre Bachir Benyahya parler de son projet, égrener les grands moments de son parcours, on se croirait dans le roman de Jean François Chabas, La boxe du grand accomplissement. Tout comme le héros hollandais Rutger, le fondateur du boxing club de Lille Fives, en a les siens. Ils s’appellent Pristillia, Meriem, Kamal, Younès… Bachir a su les sauver  de l’oisiveté tout comme plusieurs d’autres adolescents, souvent issus de milieux difficiles, en leur transmettant sa passion pour la boxe. Une passion qu’il a cultivée depuis son enfance  en Algérie…

C’est en 1983 que Bachir Benyahya, 50 ans, installe ses quartiers dans le Nord de la France, après son service militaire. Objectif : vivre de la boxe, en faire un métier. Un choix qui n’était pas possible à l’époque dans son pays. Commence alors un long parcours semé d’embûches et de défis à relever.
L’ex champion d’Algérie sillonne l’Europe et donne des combats en Allemagne, Belgique, Angleterre… Pendant toute sa carrière professionnelle, qui durera 15 ans, il devra se battre, d’abord pour acquérir la nationalité française qui lui ouvrira les portes du championnat de l’Europe, ensuite pour faire ses preuves et surtout… gagner sa vie. Il se rappelle d’un décollement de la rétine qui l’empêche de participer aux compétitions en France. Il fait alors quotidiennement le trajet de Villeneuve d’Ascq jusqu’à Roulers  en Belgique pour jouer.
Bachir Benyahya reste également marqué par son enfance qu’il dit douloureuse. Issu d’une famille modeste, il doit vivre son amour pour la boxe en cachette. Son père, lui-même boxeur, ne veut pas que son fils se donne à cette discipline : « J’ai commencé à boxer à l’âge de 13 ans. Mon père ne l’a appris qu’un an plus tard. C’était vraiment dur. Par exemple, comme je m’entraînais énormément, je devais suivre un régime alimentaire particulier…Or, à la maison, à table, je devais manger ce qu’il y a et me garder de réclamer autre chose»

La boxe au féminin
Mais tout cela, c’est du passé. Ce vice-champion du monde de boxe anglaise savoure à présent ce qu’il est devenu. Sa vraie success story, commence en 2005 avec la création du boxing club de Lille Fives. Un seul mot d’ordre : la cohésion sociale. L’objectif est de prendre en charge des jeunes en difficulté, leur apprendre à canaliser leur énergie, leur inculquer les valeurs de respect de soi et de l’autre à travers un sport « aux vertus éducatives indéniables ». 
Aujourd'hui, ont lieu des rencontres de boxe  avec des jeunes venus de Fives, de Bois-Blanc, de Tourcoing, d'Épinal (Vosges) et de Belgique. Ici, on n’enfile pas des gants pour donner des coups, « faire mal » mais on apprend aux joueurs que ce n’est pas un adversaire que l’on a en face mais un partenaire.
L’intégration professionnelle des jeunes fait également partie des préoccupations du club. Le BC Fives mise sur les partenariats avec les centres sociaux comme Cultures du Cœur, pour trouver des stages à ses adhérents et les réinsérer socialement.
Grâce à son ouverture sur la jeunesse du quartier, le club a réussi en à multiplier par 5 son nombre d’adhésion : de 15 en 2005 il passe à joueurs 75 actuellement dont 13 filles. Car tout comme pour le handisport, l’association s’intéresse au développement de la boxe féminine.
Et les fruits de cette philosophie sont là. Priscilla, 15 ans, que donne souvent Bachir en exemple,  n’avait pas confiance en elle. En un an d’entraînement, elle devient championne des Flandres : «Je ne suis pas que l’entraîneur mais aussi le papa et le copain. Ces jeunes ont besoin de repères. Je suis là pour les leur apporter », explique le fondateur du BC Fives. 

Et le combat est loin d’être fini: « il faut travailler d’arrache-pied pour avoir des subventions et permettre à plus de jeunes d’accéder à la boxe à moindre coût. Cette année on n’a eu que 2000 euros d’aide. Ce n’est pas suffisant », souligne Bachir. Autre cheval de bataille de l’association : la promotion de la boxe anglaise : « nous avons produit des flyers pour la rentrée. Nous essayons d’intéresser le public à notre programme et de décrocher des adhésions»

Et l’Algérie ? Toujours présente à l’esprit du boxeur. Il y construit même une maison et y développe en permanence son réseau professionnel. C’est ainsi que le club organise un gala de boxe amateurs France-Algérie en mars 2011 : « ça me réconforte énormément. Enfin, je partagerai  ma passion avec mon pays ». 


Le petit questionnaire

Votre endroit préféré à Lille ?
Fives. Les gens ici sont souriants et très accueillants. Je me rappelle en ce moment de Mme Recham, maman d’un jeune chez nous en en même temps chargé de la presse au Club, qui me dit à chaque fois : « venez manger à la maison ! ».

Le personnage qui vous a le plus marqué ?
Serge Lamotte, mon ancien manager qui m’a ouvert bien des portes. Quand j’ai organisé le 1er Open de boxe anglaise en 2008, je suis allé l’inviter. On m’a dit qu’il était décédé. Je suis donc parti tout droit au cimetière me recueillir sur sa tombe.

Votre boxeur favori ?
Sugar Ray Leonard. C’est un sportif propre. J’aime aussi Jean Claude Bouttier.

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